III
Malgré la respiration sifflante d’Armand, tu l’as entendu approcher sans effort. Il est entré avec grand fracas dans le hall, a crié à la ronde pour savoir où tu te tenais, a remonté la passerelle d’un pas pesant et t’a trouvée au chevet de ton frère, tout au bout, dans la mansarde humide au-dessus de la remise.
— Je me fous qu’il dorme ! gronde Hogier, sa main empoignant toujours ton col, sa dague pointée vers ton bas ventre. Explique-moi pourquoi de Vintemil elle-même vient te quérir à la guilde pour t’offrir un boulot ! Tu comptes vendre nos secrets ?
— Pas du tout !
— Vintemil, chez nous ! s’emporte-t-il davantage. On entre ici comme dans un moulin, on nous fait mander, on nous connait, on nous reconnait ! Ce siège nous fait plus de tort que la maréchaussée. Alors, quel boulot ? Et combien ?
— Assez pour te payer, mais il n’y a pas de boulot ! C’est impossible…
— Oh que si ! C’est toujours possible surtout s’il y a assez de florins dans la balance !
— J’irais, mais j’ignore ce qu’ils me veulent parce que, d’une, je ne crois pas qu’il y ait de coffre à ouvrir, et de deux, je ne pourrais pas le crocheter d’une seule main !
— Un crochetage, alors ? Mais pourquoi mentirait-elle sur la réalité de ce coffre ?
— Parce qu’elle a dit qu’il s’agissait d’un Calgunny et qu’il n’existe plus de semblable coffre à Gaffa depuis que nous avons détroussé Mertelon et qu’il est reparti avec l’antichambre à la capitale.
Les sourcils froncés, Hogier relâche enfin ton col et se redresse avec une inspiration. Ses lèvres se tordent d’une inflexion rouge au milieu de sa barbe sombre.
— Pas si impossible, murmure-t-il après un instant de réflexion. Tu le saurais si tu étais restée à ton poste à la citadelle. Plusieurs marchands sont venus faire un esclandre parce que la rumeur raconte qu’un convoi est arrivé en ville, après avoir franchi les lignes ennemies, avant-hier dans la nuit.
— Par le col ? Mais d’où venait-il ?
— Du nord, par la route commerciale.
— Pourquoi ce convoi aurait-il transporté un coffre de cette notoriété ? Et comment aurait-il pu déjouer le siège de toute façon ?
— Parce que Kathryn de Vintemil elle-même l’escortait ! scande-t-il triomphant avant de s’assombrir à nouveau. Tu as raison sur un point cependant. Tu es bien incapable de déverrouiller un coffre et encore moins un Calgunny. Que te veulent-ils alors ?
— Je l’ignore, mais j’irais et je pourrais te rembourser. Je ne te demande qu’une seule faveur, c’est de le faire veiller. Je t’en prie, Hogier !
— C’est ta dernière chance, Féral, répond-il avec un infime hochement de tête. Tu es devenue une vraie planche pourrie et ton frère, un poids mort. Si coffre il y a, et qui plus est s’il s’agit d’un Calgunny, c’est qu’il abrite un véritable trésor ! Alors, reste à l’affut et n’hésite pas à tirer n’importe quel objet de valeur qui pourrait passer sous ta main. Parce que tu me dois aussi les intérêts ! J’espère encore voir fructifier mon investissement, mais si tu ne me rapportes rien ce soir, je vous livre aux eaux du port, et l’on verra bien si vous flottez tous les deux.
Très intrigant ce début ! J’aime beaucoup l’originalité de la 2e personne, ça apporte vraiment une touche particulière et je me demande si ça a une raison particulière pour l’histoire !
Merci Marion.
L’usage de la 2e personne du singulier faisait au départ référence à la mise en situation comme dans les jeux de rôle ou les livres dont vous êtes le héros. Puis elle a un rapport avec la chute et le caractère du personnage. Féral aime rester en retrait, ne pas être au centre pour mieux pratiquer son art, se débarrasser de son égo peut-être ?
Ou peut-être est-ce une voix supérieure qui parle pour elle ?
(Et sinon les commentaires sont globaux pour l’entièreté de la nouvelle au contraire des plateformes d’écriture)
Eh bien ! Texte riche à profusion, gothique même. La toile est là, excisée, et nous interroge sur les développements futurs. À suivre… Quel fantôme de main tracera la suite ?